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Les examens du Barreau sont-ils trop difficiles?


Jacinthe Maurice
Jacinthe Maurice, étudiante à l'École du Barreau, crédit photo Jacinthe Maurice

Par Jacinthe Maurice | 17 novembre 2022 -

Causes et conséquences du taux élevé d’échec aux examens du Barreau - opinion d’une étudiante - Je me nomme Jacinthe Maurice et à l’hiver 2022, j’ai été étudiante à l’École du Barreau. J’ai fait ma formation professionnelle préparatoire en 4 mois tel que recommandé par le test initial qui me déconseillait de le faire en 8 mois. J’ai fait confiance en mes apprentissages, mes capacités intellectuelles et comme la plupart de mes collègues, j’ai travaillé assidûment pour me préparer aux examens.

Malheureusement, à ma stupéfaction, mon parcours s’est terminé par un échec. De plus, j’ai été très surprise de constater que plusieurs autres de mes collègues avaient également échoués. J’ai donc regardé les statistiques du Barreau quant aux examens et constaté que le nombre d’échecs était élevé.


Source : Barreau du Québec, Statistiques sur les résultats des évaluations à la suite des évaluations finales régulières


Quand on cumule le nombre d’étudiants ayant suivi la formation préparatoire et ceux ne l’ayant pas suivi, soit un total de 1080 étudiants, on constate que 467 d’entre eux, c’est-à-dire près de la moitié ont échoué aux évaluations régulières finales. Un taux d’échec aussi élevé est-il normal?

De plus, si je compare le tableau des statistiques sans les cours préparatoires et le tableau des statistiques avec les cours préparatoires, je remarque que les taux de passation diminuent avec les cours préparatoires. Comment se fait-il que les étudiants qui ont suivi un cour préparatoire aient un taux d’échec supérieur à ceux qui ne l’ont pas suivi? Je trouve cela extrêmement inquiétant !


Voilà pourquoi, en consultant les statistiques de l'École du Barreau pour l’année scolaire 2021-2022, mon étonnement s’est transformé en interrogation.


Près de la moitié des étudiants ont échoué aux évaluations régulières finales

Je ne prétends pas connaître tous les tenants et aboutissants de cette problématique. J’ose simplement poser des questions et ouvrir un débat public là où beaucoup ont honte ou peur de le faire.

On nous mentionne souvent: «Si beaucoup échouent au premier examen, ne vous inquiétez pas, vous avez la reprise pour vous rattraper». Avec respect, je ne partage pas cette opinion. Ce point de vue ne prend aucunement en considération le coût monétaire, le coût temporel de la formation de même que le manque actuel d’officiers de la justice dans le système judiciaire.

D'ailleurs, il est regrettable qu’une des conséquences de ses nombreux échecs soit un manque d’avocats dans plusieurs régions, ce qui provoque une carence dans les services à la population.

La plupart des étudiants qui ont échoué aux premières évaluations auraient été d'excellents avocats qui auraient pu débuter leur pratique en janvier 2023. De plus, je sais, pour les avoir côtoyés à l’Université, qu’ils avaient des résultats scolaires plus qu’enviables… Je ne m’explique donc pas la quantité d’échecs que rapporte les statistiques du Barreau.

À cela s’ajoute un autre constat: les statistiques de réussite pour la formation sans cours préparatoires sont non seulement supérieures, mais incluent à la fois les examens de l'automne et de l’hiver alors que ce n’est pas le cas pour le 2e graphique. Que doit-on en comprendre? Est-ce les étudiants qui n’ont pas suffisamment étudié pendant leur 4 mois de cours préparatoires? Ou est-ce les examens de l’hiver qui ont été plus difficiles ?


La plupart des étudiants qui ont échoué aux premières évaluations auraient été d'excellents avocats qui auraient pu débuter leur pratique en janvier 2023.

Évidemment, une formation professionnelle pour devenir avocat n’est pas quelque chose de facile. Les étudiants qui finissent leur baccalauréat le savent et c’est pourquoi nous nous y préparons depuis des années. C’est une période durant laquelle nous vivons un stress important. Je peux vous dire que, face à la difficulté et à l’inconnu, la réaction de la majorité des étudiants est de s’investir à 100%. D’ailleurs, il n’est pas rare pour un étudiant du Barreau, de passer plus de 10 à 12 heures par jour à étudier, en sacrifiant les autres dimensions importantes de sa vie. Je ne peux donc pas assimiler l’échec des examens à un manque d’étude.

Plusieurs collègues m’ont avoué être anxieux, déprimés et vivre une surcharge mentale durant leur formation. Constatant cet état de détresse général ainsi que le taux d’échecs élevé aux examens, j’en suis venue à la conclusion qu’il existe un véritable problème du côté de la formation offerte pour devenir avocat.

Je souligne que cet article ne vise pas une personne ou une institution en particulier. Je souhaite pointer un problème sérieux que beaucoup connaissent déjà et qui existe depuis longtemps.

Certains disent que «les examens et le taux d’échec peuvent être compris comme ceci: la profession d’avocat est parsemée d’embûches, d’échecs, de défis. On reconnaît les bons avocats parmi ceux et celles qui ont pu relever les défis». Cette interprétation offre son lot de consolations. En effet, pour un étudiant qui a échoué et qui tente une seconde fois de passer son Barreau, une telle pensée le rassure. «Je ne perds pas mon temps ! J’apprends la résilience!».

Moi aussi j’ai passé par ce stade de réflexion. Tout en respectant cette opinion, je considère cette pensée comme limitée, en ce qu’elle permet uniquement de surmonter un état de détresse individuel. Il s’agit d’un mécanisme de défense psychologique qui n’explique en rien l’échec vécu. Un étudiant devrait avoir confiance en lui après sa formation professionnelle. Malheureusement, actuellement beaucoup se remettent en question sur leur choix de carrière après toutes les années investies en droit.

Beaucoup de personnes (dont des avocats) pensent que si l’École du Barreau augmente le taux d’admission aux examens, il y aura automatiquement une baisse de la qualité des professionnels. Ainsi, diminuer la barre d’exigences des critères d’admission provoquerait un nivellement vers le bas. Cependant, je ne crois pas que la question soit d’abaisser les critères ou la qualité des futurs avocats. Toute la problématique se situe au niveau de la pédagogie.

Le génie à découvrir se situe entre une pédagogie adéquate et l’exigence de la qualité professionnelle. Autrement dit, la pédagogie devrait faire en sorte que la formation offerte aux étudiants les aide à passer leurs examens avec un taux de réussite raisonnable, sans qu’ils doivent «y laisser leur peau» physique, mentale et économique».

Pour finir, je sais que de telles critiques ne sont jamais bien reçues sans apporter une solution constructive. Ainsi, je me risque à mettre en lumière une solution qui semble évidente à tous. Un enfant apprend d’abord par imitation et j’ai envie de dire qu’il en va de même pour l’adulte. L’intelligence a besoin d’expérimenter la théorie afin de pouvoir l’exercer. Dans le monde juridique, l’expérience est synonyme de pratique; cela veut dire échanger avec les avocats seniors, s’asseoir dans une salle de cour, écouter les avocats plaider, écouter le juge appliquer le droit à une vraie cause etc.

Puisque c’est la pratique concrète qui rend capable d'exercer la profession d'avocat, pourquoi ne pas axer la formation du Barreau sur la pratique? Par exemple, avoir l’audace de commencer la formation avec 6 mois de stage et de terminer avec les examens. D’ailleurs, l’école du Barreau annonce un nouveau programme pour l’année 2023-2024. Vraisemblablement, il semble que ce nouveau programme soit axé davantage sur un «apprentissage expérientiel».


Espérons que ce programme attendu redonnera aux étudiants un environnement favorable à leur réussite professionnelle.

Jacinthe Maurice est titulaire d’un baccalauréat en Droit de l’Université Laval et étudiante à l’École du Barreau.

 

Notez que ce texte et les opinions qui y sont exprimées sont propres à l'auteure et ne représentent pas l’opinion, ni n'engagent Le Droit en Bref. La publication de ce texte est offerte gracieusement à titre de tribune publique aux étudiants et autres professionnels du monde juridique. Si vous désirez répondre à cette opinion ou partager vos impressions, n’hésitez pas à nous transmettre votre texte en cliquant ici.


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